Main basse sur l’Afrique … la guerre en République Démocratique du Congo
Ou la recolonisation… C’est le titre d’un livre de Jean Ziegler, paru il y a déjà quelques années, mais hélas, toujours tristement d’actualité …
Nous nous posons tous des questions (enfin ceux qui gardent un zeste d’esprit critique) sur la situation actuelle dans de nombreux pays d’Afrique. Alors, certes, enfin un noir vient d’être élu à la tête du pays le plus puissant du monde, mais cela va t-il changer quelque chose dans toute cette misère ?
Les réponses aux besoins du continent noir ne sont pas aisées. De la reprise des combats dans l’est du Congo à la crise au Darfour, en passant par l’interminable conflit en Somalie, le tableau est sombre.
Parmi les priorités, il faudra accélérer l’intégration du continent à l’économie mondiale, mais surtout assurer aux Etats-Unis et aux autres pays occidentaux, un accès au pétrole et aux autres ressources de l’Afrique et accessoirement, faire face à une multitude de crises humanitaires.
Obama porte un intérêt certain à l’Afrique, mais la question est de savoir s’il aura les moyens non seulement financiers, mais aussi politiques et économiques, pour agir.
A la vue des massacres au Congo et ailleurs, c’est toujours le même vieux cliché sur l’Afrique qui ressort : c’est un “conflit tribal” “au cœur des ténèbres”. Il n’en est rien. Une enquête des Nations Unies a constaté que cette guerre était menée par des «armées de business» pour s’emparer des métaux qui permettent à notre société du 21ème siècle de consommer tranquillement.
Il y a deux histoires sur l’origine de cette guerre : l’histoire officielle et la véritable histoire.
L’histoire officielle est qu’après le génocide au Rwanda, les hutus, auteurs des massacres, ont traversé la frontière et fui au Congo. Le gouvernement rwandais les aurait poursuivis. Ce n’est pas tout à fait exact. Le gouvernement rwandais est en tous cas allé là où se trouvent les ressources naturelles du Congo et a commencé à les piller. Le Congo est le pays le plus riche au monde en or, en diamants, en coltane*, en cassitérite et autres minerais. Tout le monde en voulait une part, c’est pourquoi six autres pays ont envahi le Congo.
Bien sûr, ces ressources n’ont pas été volées pour être utilisées en Afrique même. Elles ont été raflées afin de nous être vendues. L’augmentation du nombre des téléphones portables a créé une hausse des morts car le coltane qu’ils contiennent se trouve essentiellement au Congo. Les Nations Unies ont cité les sociétés internationales qui seraient, selon elles, impliquées dans ce pillage : Anglo-America, Standard Chartered Bank, De Beers et une centaine d’autres. Mais au lieu d’arrêter ces entreprises, les gouvernements occidentaux ont demandé aux Nations Unies d’arrêter de les critiquer.
Mais qui est Laurent Nkunda, selon la presse “chef des rebelles”? C’est un chef de milice congolaise, soutenu par le Rwanda, qui prétend qu’il doit protéger la population tutsi locale des hutus qui sont restés cachés dans la jungles du Congo depuis le génocide de 1994. C’est pourquoi il s’empare aujourd’hui des bases militaires congolaises, et sans doute aussi qu’il massacre les populations civiles…
Le directeur pour l’Afrique du groupe de réflexion International Crisis Group dit autre chose: «Nkunda est financé par les entrepreneurs rwandais qui, ainsi, peuvent garder le contrôle des mines du Nord-Kivu. C’est le cœur absolu du conflit. En fait, ce à quoi nous assistons, c’est un combat des bénéficiaires de l’économie de guerre illégale pour conserver leur droit d’exploitation.»
En ce moment, les businessmen rwandais font une fortune avec les mines dont ils se sont emparés illégalement durant la guerre. Le prix mondial du coltane s’effondre, alors maintenant ils se concentrent avidement sur la cassitérite, qui est utilisée pour faire des boîtes de conserve et d’autres produits de consommation courante. Quand la guerre a commencé à faiblir, ils ont vu qu’ils perdaient leur contrôle face au gouvernement congolais élu, c’est pourquoi ils ont réamorcé la guerre de façon sanglante.
L’Occident envoie bien des casques bleus (ils sont déjà 17 000 au Congo) mais ils échouent à protéger les populations civiles. Jamais sa responsabilité directe dans ce conflit n’est évoquée…
Il faut donc surtout cesser d’alimenter la guerre, en arrêtant d’acheter des ressources naturelles ensanglantées. Si Nkunda a assez d’armes à feu et de grenades pour combattre l’armée congolaise et les Nations Unies c’est uniquement parce que nous lui achetons son butin.
Il faut poursuivre en justice les entreprises qui achètent ces ressources, pour complicité de crimes contre l’humanité, et introduire une taxe mondiale sur le coltane pour financer une force de paix conséquente.
Pour en arriver là, nous avons besoin de construire un système international qui accorde plus de valeur à la vie des hommes qu’au profit.
Quelque part là-bas, perdus au milieu du grand pillage international des ressources du Congo, se trouvent des femmes et des enfants, qui errent le long des routes, portant tout ce qu’ils possèdent sur leurs dos.
Ils n’utiliseront sans doute jamais de téléphone portable plein de coltane, ni de boîte de haricots en cassitérite fondue, ni ne porteront de colliers en or, mais il se pourrait qu’ils meurent pour un de ces produits que nous consommons.
Source : tlaxcala
Lire : La haine de l’occident, du même Jean Ziegler, qui vient de paraître
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