L’extrême-droite et les préfets, même combat … ou les nouvelles valeurs de la République
Je vous en parlais avec le film de Rachid Bouchareb, “Hors la Loi”…
En Sarkozye, la censure revient au galop, elle a toujours des serviteurs zélés, comme aux pires heures de notre histoire.
Deux mains qui s’entrelacent, et puis les mots « liberté », « égalité », « fraternité », « solidarité », mais aussi « citoyen », « engagement », « terre d’accueil », « justice ». Cette fresque a été inaugurée le 5 septembre dernier, dans la ville de Billère, dans les Pyrénées-Atlantiques.
Le maire socialiste, Jean-Yves Lalanne, avait décidé de faire réaliser cette peinture sur un mur municipal, en hommage aux familles de sans-papiers expulsés du territoire français. Elle a été réalisée sur un mur voué à être démoli dans quelques années. Une œuvre éphémère donc, mais d’une grande portée symbolique, puisqu’un commissariat de la police aux frontières est installé sur la commune.
Le maire souhaitait ainsi rendre hommage aux familles de sans papiers expulsées l’an dernier dans les Pyrénées Atlantiques, dont neuf enfants…
Évidemment, l’œuvre n’a pas été du goût de tous. Pendant l’inauguration, le collectif d’extrême-droite “Bloc identitaire” avait déjà joué les trouble-fête, le mur avait été ensuite souillé avec des croix celtiques, des 88 (la signature des nostalgiques d’Adolf Hitler…), et autres élégantes maximes, style “immigrés dehors”… Les élus avaient également été menacés de mort…
Comme ces nostalgiques de la vraie France bien blanche, le préfet du département, Philippe Rey, n’a pas apprécié lui non plus … Il a porté cette importante “affaire” devant la justice, car il reprochant au maire de Billère “d’être sorti de son devoir de neutralité vis-à-vis de la politique gouvernementale”…
Pour lui, il était intolérable qu’on ait osé inscrire des mots aussi subversifs que « liberté », « égalité », « fraternité », « solidarité », « justice », « entraide », « engagement », « enfants », « papiers » mais aussi quelques mots vraiment inadmissibles dans un régime républicain, comme « terre d’accueil », « métisse », « dénoncer », « citoyen ».
C’est sûr, que par rapport aux propos racistes prononcés dans des salles publiques lors du débat sur l’identité nationale, ces mots là relèvent de l’atteinte à l’honneur de la République.
Bon, en clair, le préfet ne supportait pas que soit affiché le sort fait aux sans-papiers. Il avait déjà poursuivi pour outrage des citoyens qui dénonçaient les rafles de sans-papiers, ce bon préfet n’aime pas qu’on lui rappelle Vichy. Et pourtant, les graffitis racistes qui sont venus polluer cette fresque rappelaient tristement cette période.
Et le plus beau, c’est que le tribunal administratif de Pau lui a donné raison, à notre bon préfet, le 12 janvier dernier, et a ordonné au maire d’effacer ces mots qu’on ne voit plus guère en France “Liberté, égalité, fraternité, justice…” Tout cela à la suite d’une audience, ou ni le maire, ni l’avocat, ni même les artistes auteurs de la fresque n’avaient été convoqués…
Et comme par hasard, alors qu’on se plaint généralement des “lenteurs de la justice”, là, l’affaire a été rondement menée… La justice est indépendante, il paraît… mais c’était il y a longtemps. Et d’ailleurs, la justice est “neutre”, elle, dans le palais de Justice de Pau, il y a un vitrail représentant le Christ…Et, là, curieusement, ça ne gêne personne. Vous avez dit laïcité ???
Le maire avait bien l’intention de faire appel, et même de saisir la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Quant à Réseau Education Sans Frontières, il attendait impatiemment que le préfet passe à l’acte, et efface les mots liberté, égalité, fraternité…
Il n’a pas eu besoin de se salir les mains, les activistes d’extrême-droite l’ont fait à sa place, au matin du 8 mai dernier, ils ont recouvert et dégradé la « fresque de la solidarité contre les expulsions », et ont signé leur forfait en écrivant « C’est fait M. Le Préfet ». Le choix de la date n’est évidemment pas neutre. Elle est une insulte aux anciens combattants, aux résistants et à la lutte contre le fascisme.
“Provocation des nostalgiques des dictatures fascistes et du régime de Vichy. Le jour où nous cultivons nos valeurs, eux véhiculent la nostalgie de l’État français de Vichy. Les nazis brûlaient les livres, les ultranationalistes et les racistes effacent les fresques”, a déclaré Jean-Yves Lalanne…
Certes, le maire socialiste de Billère est un dangereux terroriste, il aurait dû faire comme son collègue de Gonneville-sur-Mer, charmante commune du Calvados qui refuse de retirer du mur de la salle de la mairie, où se réunit le conseil municipal, et où se font les mariages, le portrait du Maréchal Pétain… Chacun sa fresque, quoi.
De toutes façons, les crânes rasés nostalgiques du nazisme ne risquent rien… Dans l’après-midi du 8 mai, le site Internet Novopress, créé par Fabrice Robert, président du Bloc identitaire, donnait l’information avec ce titre : « à Billère, des identitaires du Béarn ont repeint le mur des expulsés ! » Elle est aujourd’hui accompagnée d’une vidéo où les activistes agissent au vu et au su de tout le monde.
Combien vous pariez qu’ils ne seront jamais poursuivis ?



